La place financière genevoise se porte bien, mais sa compétitivité inquiète
Publié le par:Bénéfices en hausse, actifs sous gestion en progression et perspectives encourageantes pour 2027: le secteur financier genevois affiche de solides résultats. Mais la concurrence internationale suscite des inquiétudes croissantes.
Malgré les tensions géopolitiques, les droits de douane et les fluctuations monétaires, la place financière genevoise maintient le cap. C'est ce qui ressort de l'enquête conjoncturelle 2026-2027, présentée mardi par la Fondation Genève Place Financière (FGPF).
Réalisée chaque année en juin auprès des directions des banques, des gestionnaires de fortune et des autres intermédiaires financiers genevois, cette enquête permet de dresser un bilan de leurs activités et de mesurer leurs perspectives pour les mois à venir.
Un ancrage solide dans l’économie genevoise
Avec plus de 40'000 emplois à haute valeur ajoutée et une contribution de 12,5% au PIB cantonal, le secteur financier continue de démontrer son rôle majeur pour l’économie genevoise.
Pour la deuxième année consécutive, les résultats de l’enquête conjoncturelle témoignent de la bonne santé des établissements financiers genevois. Les bénéfices nets, les actifs sous gestion et les apports nets de fonds sont en augmentation au premier semestre 2026 par rapport à la même période de 2025.
Ces résultats confirment notamment l'attrait de la stabilité juridique et politique de la Suisse auprès de la clientèle internationale. «La Suisse joue pleinement son rôle de territoire refuge en ces périodes géopolitiquement très agitées», explique Édouard Cuendet, directeur de la FGPF. Malgré les incertitudes économiques, les acteurs de la place financière genevoise se montrent confiants pour 2027.
La compétitivité : un enjeu central pour la place financière
Malgré ces résultats encourageants, la compétitivité internationale de la place financière suisse demeure une préoccupation majeure pour les acteurs du secteur. Seuls 27% des Suisses jugent aujourd'hui les banques helvétiques plus compétitives que leurs concurrentes internationales, contre 54% en 2015. Pour illustrer cette évolution, la FGPF s'appuie sur les résultats du Moniteur bancaire 2025 de l'Association suisse des banquiers (ASB).
La Suisse conserve sa place parmi les leaders mondiaux de la gestion de fortune transfrontalière, mais elle est désormais talonnée par Hong Kong. Les deux places financières gèrent chacune environ 3'000 milliards de dollars d'actifs privés transfrontaliers.
Si Hong Kong affiche une croissance plus soutenue, la Suisse peut compter sur une clientèle internationale davantage diversifiée. Quelque 21% des actifs proviennent du Moyen-Orient et 19% des Amériques, tandis que la clientèle de Hong Kong est principalement liée à la Chine.
Face à cette concurrence, la FGPF appelle les autorités suisses à agir pour préserver l'attractivité du secteur. «La compétitivité ne se décrète pas, elle se construit chaque jour», a souligné devant la presse Denis Pittet, président de la FGPF.
Plusieurs leviers sont avancés. Le premier concerne les exigences réglementaires. Selon la Fondation, les mesures envisagées par la Confédération doivent rester proportionnées et ne pas dépasser les standards internationaux. «La Suisse doit faire très attention à ne pas s'infliger des désavantages compétitifs en comparaison internationale», prévient Édouard Cuendet.
Elle souhaite également que l'Autorité fédérale de surveillance des marchés financiers (FINMA) contribue, aux côtés des autorités fédérales, à la promotion de la place financière suisse à l'étranger, en complément de sa mission de surveillance.
Enfin, l'accès au marché européen constitue un autre enjeu majeur. Si les services financiers ne sont pas concernés par les nouveaux accords bilatéraux entre la Suisse et l'Union européenne, la possibilité de servir une clientèle européenne et l'établissement de relations stables avec ce partenaire restent essentiels pour la compétitivité du secteur.
Plusieurs défis et opportunités stratégiques pour le secteur
Les tensions géopolitiques et les fluctuations monétaires figurent également parmi les principaux défis auxquels doit faire face la place financière suisse. Les conflits au Moyen-Orient et la faiblesse du dollar alimentent notamment les incertitudes.
Dans ce contexte, la stabilité politique, la sécurité juridique et la diversité de la clientèle internationale constituent des atouts sur lesquels la Suisse peut s'appuyer pour maintenir sa position.
Autre enjeu stratégique: la cybersécurité. Face à la multiplication des cyberattaques et à la sophistication des menaces, la protection des données et la confiance sont essentielles à l’attractivité de la place financière.
Les acteurs du secteur entendent notamment renforcer sa capacité à anticiper les risques, à détecter les menaces et à coordonner les réponses. La création du Swiss Financial Sector Cyber Security Centre (Swiss FS-CSC), qui réunit des acteurs publics et privés, illustre cette volonté d’agir collectivement et de faire de la cybersécurité un avantage pour la place financière helvétique.
La sécurité publique, une préoccupation genevoise
À l'échelle cantonale, la sécurité publique constitue également un sujet de préoccupation pour les acteurs financiers. «Il y a eu une recrudescence de cambriolages, de home-jackings, qui ont créé un sentiment d'insécurité qui doit être combattu avec la plus grande énergie», souligne Édouard Cuendet. La FGPF indique être en dialogue avec les autorités cantonales afin de contribuer à l’amélioration de la situation. La capacité de Genève à répondre à ces préoccupations représente un enjeu supplémentaire pour préserver l'attractivité de sa place financière.