De sa création à la 13e rente, comment l’AVS a évolué

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Juriste et chargé de projets
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Créée en 1948 pour protéger les personnes âgées de la précarité, l’assurance-vieillesse et survivants (AVS) a connu de nombreuses réformes. Retour sur plus de 75 ans d’histoire, jusqu’à l’introduction de la 13e rente en 2026.

Pendant longtemps, vieillir signifiait aussi risquer de se retrouver sans ressources. En Suisse, la prise en charge des personnes âgées reposait alors presque exclusivement sur la solidarité familiale. L’introduction de l’assurance-vieillesse et survivants (AVS), en 1948, a marqué un tournant. Les premiers bénéficiaires touchaient une rente mensuelle comprise entre 40 et 125 francs, alors que le salaire moyen dans l’industrie avoisinait les 745 francs.

Mais la création de cette assurance a nécessité plusieurs décennies. Dès la fin du XIXe siècle, les premières caisses de pension privées ont vu le jour et certains cantons ont adopté des législations favorisant la prévoyance vieillesse. Ce n’est qu’au début du XXe siècle que l’idée d’une assurance-vieillesse obligatoire pour tous a commencé à prendre forme.

Une mise en place laborieuse

Le principe d’une assurance-vieillesse a été inscrit dans la Constitution suisse dès 1925. Pourtant, il a fallu attendre 1947 pour qu’une loi fédérale voie le jour et soit acceptée en votation populaire.

La Seconde Guerre mondiale a joué un rôle décisif dans cette évolution. Durant le conflit, le Conseil fédéral, doté des pleins pouvoirs, a mis en place un régime d’allocations pour perte de salaire et de gain destiné aux soldats suisses mobilisés. Après la guerre, le gouvernement et le Parlement se sont appuyés sur ce modèle pour élaborer le projet d’assurance-vieillesse. Malgré le lancement d’un référendum, la loi a été acceptée par 80% des votants, avec un taux de participation de 79,66%.

L’AVS est officiellement entrée en vigueur le 1er janvier 1948. Son fonctionnement reposait sur le principe de répartition : les cotisations des actifs finançaient directement les prestations des retraités.

À l’origine, ces prestations avaient avant tout pour objectif d’éviter que les personnes âgées ne sombrent dans l’indigence. Ce n’est qu’au fil des réformes que l’AVS s’est vu attribuer la mission de couvrir les besoins vitaux de ses bénéficiaires.

Des rentes progressivement renforcées

Depuis son introduction, l’AVS a été régulièrement adaptée aux évolutions économiques, démographiques et sociales de la Suisse. Au total, onze grandes révisions législatives ont été adoptées. Plusieurs initiatives populaires ont également été soumises au vote, mais celle sur la 13e rente, acceptée en 2024, est la première à avoir abouti à une extension des prestations. Les premières réformes ont principalement visé à étendre les prestations et à revaloriser les rentes pour faire face à l’inflation.

En 1972, le principe des trois piliers a été inscrit dans la Constitution fédérale. L’AVS est ainsi devenue le premier pilier de la prévoyance vieillesse, chargé de couvrir les besoins vitaux, aux côtés de la prévoyance professionnelle et de l’épargne privée. Entre 1973 et 1975, la huitième révision de l’AVS a entraîné une forte hausse des prestations : les rentes ont augmenté de 80% en 1973, puis de 25% supplémentaires en 1975. En deux ans, le montant des rentes minimales a ainsi plus que doublé. Cette évolution a marqué une étape importante dans le passage d’une aide financière destinée aux personnes âgées à un système visant à couvrir leurs besoins vitaux.

En 1980, un mécanisme d’adaptation des rentes à l’évolution des prix et des salaires, appelé indice mixte, a également été introduit.

La 13e rente, une nouvelle étape

Septante-six ans après la création de l’AVS, en 2024, une initiative populaire visant à étendre ses prestations a été acceptée pour la première fois. Le 3 mars 2024, le peuple et les cantons ont approuvé l’introduction d’une 13e rente de vieillesse, qui sera versée pour la première fois en décembre 2026.

Cette nouvelle prestation, dont le coût est estimé à plus de 4 milliards de francs par an dans un premier temps, ne dispose toutefois pas encore d’un financement pérenne. Le Parlement a adopté une solution prévoyant une hausse de la TVA de 0,4 point de pourcentage pour en couvrir une partie. Cette augmentation sera soumise au peuple et aux cantons le 29 novembre 2026.

En parallèle, le Conseil fédéral prépare déjà la prochaine réforme de l’assurance, baptisée AVS 2030. Le projet, dont la consultation s’est achevée en septembre 2026, vise à assurer la stabilité financière de l’AVS pour la période 2030-2040, tout en adaptant le système aux évolutions de la société.

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