Gilbert Ghostine, président de la Fondation pour l'attractivité du canton de Genève (FLAG), a livré un plaidoyer pour une économie capable de s'adapter aux bouleversements mondiaux, sans renoncer à ses ambitions. (credit photo: Florence Leplat)

«Face à l'incertitude, il faut se concentrer sur ce que l'on maîtrise»

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L'enquête conjoncturelle de la CCIG présentée mercredi soir révèle une amélioration de l'activité des entreprises genevoises, malgré les incertitudes. Réunis mercredi soir, le conseiller fédéral Beat Jans et Gilbert Ghostine, président de la FLAG, ont appelé à renforcer la résilience et la compétitivité de l'économie suisse.

Comment rester compétitif dans un monde où les crises se succèdent et où les équilibres économiques sont sans cesse remis en question ? C'est autour de cette interrogation que les représentants de l'économie genevoise se sont réunis mercredi soir à l'Institut Florimont. Parmi les intervenants, Gilbert Ghostine, ancien patron de Firmenich et actuel président de la Fondation pour l'attractivité du canton de Genève (FLAG), a livré un plaidoyer pour une économie capable de s'adapter aux bouleversements mondiaux, sans renoncer à ses ambitions.

Organisée par la Chambre de commerce, d'industrie et des services de Genève (CCIG), cette soirée consacrée aux clés de la résilience et de la compétitivité des PME suisses intervenait dans un contexte international particulièrement incertain. Guerres, tensions commerciales, rivalités technologiques et fragilisation des chaînes d'approvisionnement redessinent les règles du jeu économique.

Mais pour Gilbert Ghostine, qui préside également les entreprises Sandoz et SGS, céder au pessimisme serait une erreur. «L'instabilité ne signifie pas effondrement. Les échanges se réorientent. Les entreprises s'adaptent.» Il appelle ainsi les dirigeants à continuer d'investir et de préparer l'avenir. «L’incertitude ne doit jamais devenir une excuse pour l’immobilisme», a-t-il insisté. 

Une conviction qui trouve un certain écho dans les résultats de l'enquête conjoncturelle d'automne 2026, présentée par la CCIG au cours de la soirée. Malgré les difficultés, les entreprises genevoises font preuve de résistance. Leur activité se redresse, les investissements progressent et les perspectives d'embauche restent positives. L'horizon demeure toutefois incertain.

Une économie qui reprend des couleurs

Réalisée auprès de 370 entreprises du canton, représentant quelque 30'200 emplois, l'enquête de la CCIG révèle une amélioration de la marche des affaires après deux années de ralentissement. «Nos entrepreneurs qui créent de la valeur et de l'emploi font preuve d'une résilience remarquable», résume Vincent Subilia, directeur général de la CCIG.

Cette amélioration n'est cependant pas uniforme. Les entreprises actives dans les services affichent un solde positif de +10,1 points, tandis que l'industrie reste en difficulté, avec un indicateur négatif de −7,8 points.

Autre signal encourageant : les investissements progressent. Plus d'un tiers des entreprises genevoises interrogées, soit 35,4%, déclarent avoir investi au cours des douze derniers mois. Il s'agit de la proportion la plus élevée depuis 2020. Une part presque identique, 35,1%, prévoit de nouveaux investissements en 2027.

Cette dynamique est toutefois principalement portée par les grandes entreprises. Parmi celles comptant plus de 100 collaborateurs, 74,4% ont investi, contre 27,5% des entreprises de moins de 30 salariés.

Sur le front de l'emploi, les perspectives restent également favorables. En 2026, 20,5% des entreprises ont augmenté leurs effectifs, contre 15% qui les ont réduits. Pour 2027, 21,1% envisagent de recruter, tandis que 6,8% prévoient une diminution de leur personnel.

Les salaires suivent la même tendance. Leur hausse moyenne atteint 2,2% à Genève en 2026. Les entreprises anticipent une progression de 2,4% en 2027.

La géopolitique pèse sur les investissements

Ces résultats encourageants ne doivent toutefois pas masquer les incertitudes qui entourent l'économie genevoise. Selon l'enquête, 76,5% des entreprises interrogées indiquent que l'instabilité géopolitique influence leurs décisions d'investissement. Pour 15,2% d'entre elles, elle constitue même le principal facteur bloquant.

Les perspectives à moyen terme restent particulièrement floues. Près de trois entreprises sur dix (28,6%) anticipent un impact important ou très important de la situation internationale sur leur activité au cours des six prochains mois. «Beaucoup d'entreprises nous disent naviguer à vue», souligne Mario Marchesini, directeur adjoint du département Promotion et soutien à l'économie, qui a présenté les résultats de l'étude. Plus généralement, les entreprises genevoises peinent à se projeter au-delà de six mois, particulièrement dans l'industrie. 

Ces préoccupations ont largement nourri le discours de Gilbert Ghostine. Pour le président de la FLAG, les entreprises doivent désormais intégrer cette instabilité dans leur stratégie. Après plusieurs décennies de mondialisation, marquées par l'ouverture des marchés et la recherche d'efficacité, elles évoluent aujourd'hui dans un environnement plus fragmenté. La rivalité entre les États-Unis et la Chine dépasse désormais les échanges commerciaux et touche également les technologies, les matières premières stratégiques et les grandes routes d'approvisionnement.

Pour une PME genevoise, ces tensions peuvent se traduire par une hausse des coûts énergétiques, des retards de livraison ou des difficultés d'accès à certains marchés. Les entreprises doivent ainsi identifier leurs dépendances critiques, diversifier leurs fournisseurs et préparer des solutions alternatives.

Mais pour Gilbert Ghostine, la résilience repose aussi sur la capacité des dirigeants à adapter leur organisation. «Le rôle du dirigeant n'est pas de tout prévoir ou d'avoir réponse à tout. Il est de construire une organisation capable d'absorber les chocs.»

L’actuel président de Sandoz et SGS a ainsi défendu plusieurs principes : se concentrer sur les décisions que l'entreprise peut maîtriser, continuer à identifier des opportunités malgré les contraintes et se réinventer en permanence. Une approche qui implique notamment de ne pas dépendre d'un seul client, fournisseur ou marché.

Beat Jans défend la coopération européenne

Présent à cette soirée, le conseiller fédéral Beat Jans a lui aussi insisté sur la nécessité de renforcer la résilience de l'économie suisse. Le chef du Département fédéral de justice et police a toutefois placé la coopération internationale et la sécurité au cœur de son intervention.

Dans un contexte marqué par le retour de la guerre en Europe, les cybermenaces et la fragilisation des chaînes d'approvisionnement, il a rappelé que la compétitivité ne dépendait pas uniquement des performances économiques des entreprises.

«Avoir les meilleurs produits et bénéficier des meilleures conditions-cadres ne sert pas à grand-chose quand le monde se déchire», a-t-il souligné. Avant de mettre en garde contre l'évolution des menaces : «Aujourd'hui, une attaque n'a plus besoin de chars ou de missiles. Elle peut venir par la fibre optique, pour viser nos infrastructures, ou pour influencer notre démocratie.»

Pour Beat Jans, la sécurité économique passe notamment par la diversification des approvisionnements, la protection des infrastructures critiques et le renforcement des partenariats internationaux.

Le conseiller fédéral a également défendu l'importance des relations avec l'Union européenne, premier partenaire commercial de la Suisse. Selon ses chiffres, 60% des échanges commerciaux helvétiques sont réalisés avec l'UE. Cette proximité revêt une importance particulière pour la Suisse romande, dont l'économie exportatrice dépend largement de l'accès au marché européen et du recrutement de travailleurs provenant des pays voisins.

Beat Jans a ainsi plaidé pour la stabilisation et le développement de la voie bilatérale, notamment à travers les Bilatérales III. Les accords existants permettent notamment aux entreprises suisses d'éviter certaines procédures de double homologation et de réduire leurs charges administratives. «Collaborer ne nous rend pas plus dépendants. Collaborer nous donne plus de possibilités», a-t-il affirmé.

Le conseiller fédéral a par ailleurs abordé la responsabilité sociale et environnementale des entreprises. Il a défendu l'approche du Conseil fédéral, qui privilégie un contre-projet à l'initiative pour des grandes entreprises responsables, avec des règles harmonisées au niveau européen et des charges administratives limitées.

La bureaucratie, premier obstacle local

Car les difficultés rencontrées par les entreprises ne proviennent pas uniquement de l'étranger. L'enquête de la CCIG montre que les conditions-cadres locales jouent également un rôle déterminant.

En dehors des tensions géopolitiques, la charge administrative constitue le frein à l'investissement le plus fréquemment cité par les entreprises genevoises, avec 43,3% des réponses. Elle devance l'incertitude réglementaire (28,2%) et la pénurie de main-d'œuvre (22,5%).

Les exigences liées à la durabilité représentent également un défi croissant. Près de deux tiers des entreprises interrogées, soit 62,6%, indiquent avoir subi une hausse de leurs coûts de production ou d'exploitation en raison de ces exigences. Seules 8,1% des répondantes parviennent à répercuter totalement ou en grande partie ces coûts sur leurs clients.

Autant de contraintes qui peuvent peser sur les capacités d'investissement et d'adaptation des entreprises, particulièrement les plus petites. Ces résultats font écho aux résultats de l’enquête qualitative de la FLAG auprès des entrepreneurs genevois. 

Genève doit viser le top 3

Après avoir rappelé les atouts de la Suisse, notamment sa stabilité politique, la qualité de sa main-d'œuvre et sa réputation internationale, Gilbert Ghostine a recentré son intervention sur les défis propres au canton.

Il s'est notamment appuyé sur l'indicateur d'attractivité économique réalisé par l'Institut CREA pour la Fondation pour l'attractivité du canton de Genève (FLAG) et publié en septembre dernier. Cette étude classe Genève au 7e rang des 26 cantons suisses en matière d'attractivité économique. Le canton se distingue par son marché du travail, classé 3e, ainsi que par ses capacités d'innovation et de croissance, au 5e rang.

Mais le classement révèle également plusieurs faiblesses. Genève occupe la 10e place en matière d'infrastructures et arrive au dernier rang suisse pour sa compétitivité fiscale et budgétaire.

À ces résultats s'ajoutent des difficultés concrètes auxquelles sont confrontées les entreprises : congestion des infrastructures de transport, pénurie de logements, coûts élevés et complexité des procédures administratives.

Pour Gilbert Ghostine, ces problèmes ont des conséquences directes sur l'activité économique. «Un collaborateur qui ne trouve pas de logement est un frein à l'embauche. Une heure perdue dans les déplacements est un problème de productivité. Une procédure trop longue est un coût.»

Le président de la FLAG estime ainsi que les efforts ne peuvent pas reposer uniquement sur les entrepreneurs. Les pouvoirs publics doivent également contribuer à renforcer les conditions-cadres, en investissant dans les infrastructures, en simplifiant les démarches administratives et en corrigeant certains freins fiscaux, notamment ceux qui touchent l'outil de travail.

Car la concurrence ne se joue pas seulement entre Genève et les grandes places économiques internationales. Elle existe également entre les cantons suisses, qui cherchent eux aussi à attirer les entreprises, les investissements et les talents.

«Dans le monde actuel, ce ne sont plus uniquement les entreprises qui sont en concurrence : ce sont des écosystèmes entiers», a souligné Gilbert Ghostine, avant de fixer un objectif plus ambitieux pour le canton : «Notre 7e place est solide, mais elle doit être une étape, pas une destination. Avec le potentiel de Genève, nous devons viser le top 3.»

Une ambition qui suppose, selon lui, de dépasser une logique de préservation des acquis. «Nous devons jouer pour gagner, et non pour éviter de perdre.» Un appel à l'action qu'il a accompagné d'un message d'optimisme : «L'optimisme n'est pas de la naïveté. C'est un choix stratégique. Genève a tout en main pour réussir.»

Au terme de cette soirée, un constat se dégage : malgré des perspectives économiques encourageantes, la compétitivité de Genève dépendra autant de la capacité d'adaptation de ses entreprises que de l'amélioration des conditions-cadres.

 

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