Genève Aéroport génère 2 milliards de francs dans le canton
Publié le par:Une étude chiffre les retombées de Cointrin à près de 22’000 emplois dans la région. Son directeur, Jean-François de Saussure, espère ouvrir des lignes directes vers Singapour et São Paulo en 2027.
Que rapporte Genève Aéroport à l’économie genevoise? Une étude réalisée par le bureau INFRAS apporte de nouveaux éléments de réponse. En 2024, les activités liées à la plateforme ont généré environ 2 milliards de francs de valeur ajoutée dans le canton. À l’échelle de l’ensemble de la région, ce montant atteint 3,3 milliards.
L’impact de l’aéroport dépasse largement les emplois directement visibles sur le site. En 2024, les 268 entreprises présentes sur la plateforme employaient 11’550 personnes, soit 9’770 emplois en équivalents plein temps.
En ajoutant les 1’910 emplois indirects, liés notamment aux fournisseurs de ces entreprises, ainsi que les 10’250 emplois induits par les dépenses des salariés, le total atteint 21’930 emplois à plein temps. L’étude prend en compte le canton de Genève, le reste de la Suisse et la région frontalière française.
Un levier d’accessibilité
Le poids de l’aéroport ne se limite toutefois pas à ses retombées économiques. La plateforme constitue également l’une des principales portes d’entrée de Genève vers les marchés internationaux.
Selon l’étude, la région lémanique occupe le 19e rang parmi 284 régions européennes en matière d’accessibilité. Sa position recule toutefois au 65e rang lorsque l’analyse porte sur les destinations situées hors d’Europe.
Sans les liaisons proposées par Cointrin, l’accessibilité aérienne du canton diminuerait d’environ un tiers. Les temps de trajet vers plusieurs grands centres économiques augmenteraient sensiblement. Un déplacement entre Genève et Francfort passerait, par exemple, d’environ trois heures à près de cinq heures.
«Notre priorité stratégique est de développer des dessertes intercontinentales de point à point.» Deux destinations sont dans le viseur de Genève Aéroport: Singapour et São Paulo. Leur ouverture pourrait intervenir en 2027.
Cette connectivité est particulièrement importante pour les entreprises tournées vers l’étranger. Selon des témoignages recueillis auprès de sociétés multinationales, plus de 75% de leurs voyages d’affaires internationaux passent par Cointrin.
Le rapport souligne toutefois que l’aéroport n’est généralement pas la raison première pour laquelle une entreprise choisit Genève. Il constitue plutôt une condition nécessaire au fonctionnement d’une place économique internationale. Les personnes interrogées peinent ainsi à imaginer Genève conserver son rôle actuel sans une plateforme aéroportuaire bien connectée.
Singapour et São Paulo en ligne de mire
Le nombre limité de liaisons directes vers l’Asie reste l’un des principaux points faibles de Cointrin. Pour Jean-François de Saussure, la place de Genève dans le classement mondial confirme la nécessité de renforcer l’offre long-courrier.
«Notre priorité stratégique est de développer des dessertes intercontinentales de point à point», explique-t-il. Deux destinations sont notamment dans le viseur de l’aéroport: Singapour et São Paulo.
Le directeur espère que ces lignes directes pourront être ouvertes en 2027, tout en restant prudent sur leur concrétisation. «Nous devrions être fixés dans les prochaines semaines», indique-t-il. La décision finale dépendra des compagnies aériennes et de leur choix de retenir ou non Genève comme nouvelle destination.
Indispensable à la Genève internationale
L’aéroport joue également un rôle majeur pour la Genève internationale. D’après l’étude, au moins 90% des membres de cette communauté rejoignent Genève par avion via Cointrin.
Organisations internationales, missions diplomatiques et ONG dépendent étroitement de ces connexions pour accueillir des délégations, organiser des conférences ou envoyer leurs collaborateurs sur le terrain. L’étude rappelle que les négociations et les rencontres physiques restent au cœur du fonctionnement de ces institutions malgré le développement des visioconférences.
Cette dépendance intervient alors que la Genève internationale traverse une période difficile. Jean-François de Saussure dit déjà percevoir les effets des restrictions budgétaires. «Ce ne sont pas tellement les réductions de personnel qui nous touchent, mais plutôt les réductions de budget, qui font que les fonctionnaires de ces organisations voyagent moins», explique-t-il.
Le phénomène concerne les déplacements professionnels, mais aussi les voyages privés effectués par les collaborateurs internationaux et leurs familles. Le directeur ne constate toutefois «pas de choc pour l’instant», mais plutôt une stabilisation de l’activité. Il souligne également que les milliers de conférences organisées chaque année à Genève continuent d’attirer d’importantes délégations.
Une porte d’entrée touristique
Le tourisme constitue une autre retombée importante de la plateforme. En 2024, les visiteurs étrangers arrivés par Genève Aéroport ont dépensé près de 1,7 milliard de francs dans la région: environ 630 millions dans le canton, 500 millions dans le reste de la Suisse et 540 millions dans les départements français voisins.
Dans le canton de Genève, 70% des nuitées étrangères peuvent être attribuées à des visiteurs arrivés par Cointrin. Leurs dépenses ont généré, en tenant compte des effets directs, indirects et induits, 1,8 milliard de francs de valeur ajoutée et plus de 16’800 emplois à plein temps dans l’ensemble de la région étudiée.
«Ce qui m’a peut-être le plus surpris, c’est l’aspect lié au tourisme», reconnaît Jean-François de Saussure. Il insiste sur le rôle de l’aéroport dans le développement du tourisme alpin, aussi bien en Suisse que dans les régions françaises et italiennes voisines. «C’est une composante essentielle qui irrigue toute une économie, bien au-delà du canton de Genève.»