Le canton de Vaud, le Valais et le Jura ont déjà expérimenté, déployé ou encadré juridiquement certains dispositifs comme les bodycams ou les systèmes de lecture automatisée des plaques d’immatriculation..

Bodycams, lecture des plaques: comment Genève pourrait moderniser sa police

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Alors que la criminalité a progressé dans le canton depuis 2022, Genève ne dispose pas encore de certains outils déjà adoptés par ses voisins. Bodycams et lecture automatisée des plaques pourraient compléter les moyens de la police cantonale, à condition que leur utilisation soit strictement encadrée.

Le canton de Genève doit-il moderniser les outils à la disposition de sa police? La question gagne en importance alors qu’il demeure l’un des cantons les plus exposés à la criminalité en Suisse et que les préoccupations liées aux cambriolages, aux home-jackings et aux trafics transfrontaliers se renforcent.

Le canton de Vaud, le Valais et le Jura ont déjà expérimenté, déployé ou encadré juridiquement certains dispositifs comme les bodycams ou les systèmes de lecture automatisée des plaques d’immatriculation. Genève, de son côté, en est encore largement au stade des discussions politiques et législatives.

La demande ne vient pas uniquement des milieux économiques. En décembre 2025, le PLR genevois a déposé des motions dans treize communes afin que celles-ci sollicitent du Canton un cadre légal autorisant la recherche automatisée de véhicules et la surveillance du trafic, ainsi que le développement des réseaux de vidéosurveillance.

La commune de Vandœuvres travaille sur un projet en ce sens. En collaboration avec la police cantonale, la commune a élaboré un projet reposant sur l’installation de lecteurs automatiques de plaques à ses entrées, complétés par des caméras classiques. Le dispositif, présenté comme une forme de «frontière virtuelle», coûterait plus d’un million de francs.

Les bodycams toujours en discussion

Parmi les autres outils figurent les bodycams, ces petites caméras portées sur l’uniforme des policiers afin de filmer certaines interventions. À Genève, un projet de loi déposé en novembre 2025 prévoit d’autoriser leur utilisation lors d’interventions présentant un risque pour la sécurité ou impliquant la commission d’infractions.

Le texte prévoit que la caméra puisse être activée par le policier ou à la demande de la personne interpellée. Les modalités d’utilisation, de conservation et d’accès aux enregistrements devraient ensuite être précisées par le Conseil d’État dans un règlement.

Le 11 décembre 2025, le Grand Conseil a renvoyé le projet sans débat à la Commission judiciaire et de la police. Aucun rapport n’a encore été publié et le calendrier de son retour devant le plénum reste indéterminé.

Mais les bodycams soulèvent également des questions sensibles. Quand l’enregistrement doit-il commencer? Les policiers doivent-ils avertir les personnes filmées? Qui peut consulter les images et pendant combien de temps peuvent-elles être conservées? Autant de points qui nécessitent un encadrement précis afin de garantir le respect de la sphère privée. Pour mesurer les effets concrets de cet outil, Genève peut notamment se tourner vers le canton de Vaud.

Vaud a déjà mené un test

En 2019 et 2020, le canton de Vaud a mené un essai pilote auprès de 16 membres de la police cantonale et de la police municipale de Lausanne. Selon l’évaluation réalisée par le ColLaboratoire de l’Université de Lausanne, la majorité des policiers ayant participé au test ont rapporté un effet de désescalade dans certaines situations conflictuelles. La présence des caméras n’aurait par ailleurs pas entravé le contact avec la population. Dans la majorité des situations analysées, elles ont été perçues comme un moyen de protection, aussi bien par les policiers que par les personnes interpellées.

À la suite de cet essai, le Conseil d’État vaudois a approuvé, en novembre 2025, un projet de modification de la loi sur la police, soumis au Grand Conseil. Le texte prévoit notamment une conservation des enregistrements limitée à 150 jours, sauf décision judiciaire contraire, ainsi qu’un accès strictement encadré.

Le Valais a également adapté sa législation. Depuis le 1er mai 2026, sa police cantonale dispose d’une base légale autorisant le recours aux bodycams dans le cadre de ses missions. Le Jura a lui aussi inscrit cette possibilité dans sa loi, même s’il ne prévoit pas d’acquérir ces équipements à court terme. 

Des plaques lues automatiquement

L’autre chantier concerne les lecteurs automatiques de plaques d’immatriculation, souvent désignés par l’acronyme LAPI. Installés au bord des routes, ces dispositifs enregistrent les plaques des véhicules et peuvent les comparer avec différentes bases de données.

Ils pourraient notamment contribuer à retrouver des personnes ou des véhicules recherchés et à repérer le passage de véhicules signalés. Dans un canton frontalier comme Genève, où les auteurs d’infractions peuvent rapidement quitter le territoire, leur potentiel opérationnel est régulièrement mis en avant.

Leur utilisation est toutefois juridiquement plus complexe que celle de la vidéosurveillance classique. Le Tribunal fédéral exige une base légale formelle suffisamment détaillée, précisant notamment les finalités du dispositif, l’étendue des données collectées ainsi que les modalités de leur conservation et de leur suppression. 

Le Jura comme modèle

Le Jura possède actuellement l’un des cadres légaux les plus avancés de Suisse en la matière. Entrée en vigueur le 1er janvier 2026, sa nouvelle réglementation autorise désormais l’enregistrement automatisé des véhicules à des fins précisément définies, comme la recherche de personnes ou d’objets et la prévention de crimes et de délits.

La comparaison est limitée à certaines bases de données, notamment le système national de recherches policières RIPOL, les listes de plaques recherchées ou les retraits de permis. En l’absence de correspondance, les informations doivent être effacées dans un délai de trente jours. Cette précision est essentielle: elle doit permettre à la police d’utiliser ces technologies sans instaurer une surveillance généralisée des déplacements.

À Genève, la vidéosurveillance classique est déjà régie par la loi sur l’information du public, l’accès aux documents et la protection des données personnelles. Les caméras doivent être signalées, leur champ limité au strict nécessaire et les enregistrements détruits en principe après sept jours. Ce délai peut être prolongé lorsqu’une atteinte aux personnes ou aux biens a été constatée.

Ce cadre ne règle toutefois pas spécifiquement la lecture automatisée des plaques. Au regard des exigences posées par le Tribunal fédéral, son déploiement nécessiterait une base légale plus détaillée.

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